1- Retour

Décongestion des camps et Relocalisation des déplacés

Le séisme de janvier 2010 a non seulement semé le deuil dans les familles haïtiennes mais aussi a dépourvu un million et demi de personnes de toits. Il s’agissait de la plus grave crise humanitaire que le pays avait connue depuis son indépendance en janvier 180 4.

Refugiées sur les places publiques,  sur les terrains privés et publics, dans les cours d’églises et partout où elles pouvaient trouver un espace où installer leurs tentes de fortune, les familles avaient abandonné leurs quartiers sans savoir quand elles allaient y retourner.

Dès février 2011, l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), avec le soutien de la Direction de la Protection Civile (DPC) a entrepris de  procéder à l’enregistrement des déplacés, offrant ainsi au Gouvernement haïtien et aux organismes internationaux une base de données fiables sur les besoins et la situation de ces personnes. Ceci a permis aux institutions internationales de mieux canaliser l’aide et ainsi empêcher une plus grave crise humanitaire, puisqu’il  avait risque de détérioration des conditions de santé et de sécurité.

Ce premier enregistrement a permis aussi au Gouvernement de comprendre qu’il fallait agir vite et faire retourner les gens dans les quartiers d’où ils venaient.  Comment fait-il procéder quand on savait que l’auto reconstruction s’avérait trop lente ? Comment y arriver quand les premières réparations, entreprises par les propriétaires victimes, ont été sur les mêmes espaces et  ne répondaient point aux normes de sécurité et qu’il fallait au moins garantir le retour des familles déplacées dans des habitats sûrs ?

On entend par retour dans un habitat sûr, le retour dans les maisons et les quartiers d’origine ne présentant pas de risque pour la sécurité des personnes lié soit à la qualité de la construction, soit aux risques naturels tels que les glissements de terrain, les inondations, les pluies et vents violents associés aux cyclones et d’éventuelles répliques du séisme, et ne posant pas de problème de cohérence pour le fonctionnement urbain.

Les réflexions avaient permis de dégager des solutions à court terme et à moyen terme.

Principes de la stratégie de retour

• Focaliser sur les quartiers d’origine et les camps associés à ces quartiers

La grande majorité des populations installées dans les camps provient des quartiers informels caractérisés par la pauvreté, l’absence de service et un habitat très dense. En général, ces populations se sont installées à proximité de leurs quartiers d’origine. La stratégie d’appui au retour dans un habitat sûr sera mise en œuvre de manière holistique tant dans les quartiers d’origine que dans les camps qui leurs sont associés.

• Impliquer les personnes et les communautés

La force des communautés affectées par le séisme est leur organisation communautaire. On s’est appuyé et on s’appuiera donc sur les leaders communautaires, notamment les leaders de groupe de femmes, dans les camps et dans les quartiers d’origine pour impliquer les populations affectées dans la planification et le suivi de l’appui au retour  dans un habitat sûr.

• Favoriser les activités génératrices de revenus afin de répondre à une préoccupation prioritaire des populations affectées.

La conception des programmes d’appui au retour au foyer induira la création d’activités génératrices de revenus pour les habitants de chaque quartier à travers le « cash for work » et, chaque fois que cela sera possible, les contrats communautaires : démolition, enlèvement et traitement des débris, travaux de mise en sécurité et d’atténuation des risques, fournitures de services de base, etc.

• Promouvoir l’équité dans les activités d’appui au retour afin d’éviter les tensions entre communautés et d’offrir un appui équitable aux populations affectées.

Les activités d’accompagnement au retour seront harmonisées par le Gouvernement en collaboration avec la communauté internationale et en consultation avec les populations affectées, de sorte à éviter des tensions à l’intérieur des quartiers et inter-quartiers..

• Promouvoir un partenariat large

L’ensemble des acteurs ont travaillé et travaillent encore de concert à la mise en œuvre de la stratégie du Gouvernement : les Ministères concernés dans leur rôle normatif et de contrôle de qualité, la communauté internationale afin de mettre à disposition son expérience et son expertise, les bailleurs de fonds afin de s’assurer que leurs ressources répondent aux priorités, les communes comme coordinateurs des acteurs au niveau de leur territoire, les ONG et le secteur privé afin d’offrir les intrants nécessaires, leurs savoir‐faire et leurs capacités de mise en œuvre.

Le processus du retour : l’enregistrement des déplacés

L’enregistrement s’est déroulé en plusieurs étapes. Les  trois (3)  premières étapes sont :

–          La distribution du coupons de couleur aux familles de déplacés

–          La visite des chefs de famille aux agents de l’OIM pour faire enregistrer l’ensemble de leurs familles vivant avec eux dans les camps.

–          La collecte des informations en vue de réaliser une base de données utilisable par tous les acteurs gouvernements et humanitaires qui s’étaient engagés dans la dynamique de l’assistance humanitaire, de la relocalisation et de la reconstruction 

L’étape de validation du processus : le déploiement d’agents mobilisateurs

Cette troisième  étape est complétée par le déploiement d’agents dans les camps pour enregistrer les résidents et valider les informations fournies par les chefs de famille.

Grâce au processus d’enregistrement, qui a permis de recueillir  des informations pertinentes sur les personnes vivant dans les camps, une aide substantielle  a été apportée aux personnes vulnérables et la question de la protection a été mise au centre des réflexions. C’est ainsi qu’il a été décidé d’aider les gens à quitter les camps pour une meilleure condition d’hébergement

La question de la protection s’est retrouvée à chaque étape du processus . Par exemple, dans le domaine de la santé, l’appui psycho-social aux femmes et aux enfants découlent de l’enregistrement, qui a permis de connaitre les besoins de chaque famille dans les camps et l’aide directe à leur apporter. Dans les domaines où OIM ne travaillait pas, il a fallu mettre les déplacés en contact avec les prestataires de services locaux.

La communication avec les bénéficiaires

Afin de garantir un retour respectant les normes, il a été fondamental d’informer la population sur tout le processus du retour, de l’enregistrement jusqu’à la fermeture du camp. Ceci garantit un retour volontaire vers les quartiers d’origine dans lequel s’impliquent les familles. Aussi, beaucoup d’effort, le temps nécessaire, des techniques innovatrices de communication destinées à la fermeture des camps , des ressources ont été investis pour rendre possible ce processus de retour.

L’efficacité de la communication a permis en un temps record à des milliers de familles de regagner leurs quartiers. Chacune de ces familles appelée à faire le choix d’un logement.

Le choix des options

Les options disponibles pour les déplacés sont, en ordre de durabilité:

• Le retour dans le quartier d’origine, c’est-à-dire là où ils vivaient avant le séisme;

• La relocalisation dans les provinces d’où ils sont originaires et/ou ils possèdent des terres, ou aller chez des amis ou de la famille qui souhaitent les accueillir ;

• La relocalisation vers un site planifié, en dernier recours.

Les camps devraient fermer progressivement, dans l’idéal, d’après un ordre de priorité adopté par le Gouvernement, la Communauté Internationale et les acteurs impliqués.

Les ménages déplacés quitteront les camps selon les options de leur choix, par étapes, à travers un processus de départ progressif. Les services de base seront graduellement accessibles dans les quartiers d’origine et diminueront progressivement dans les camps afin de créer un facteur d’attraction vers les quartiers d’origine et d’éviter que de nouvelles familles s’installent dans les camps à la recherche de services

Des dispositions doivent être prises pour éviter l’arrivée d’autres ménages dans les sites, et empêcher les ménages de garder une place dans les sites alors qu’ils en sont partis.

Une fois que les sites seront vides, toutes les structures seront démantelées et les terres seront officiellement retournées aux propriétaires, si possible dans leurs conditions initiales d’avant le séisme.

Pour ces familles qui n’ont pas une maison réparable  ou à reconstruire, une troisième option est disponible pour louer une maison pendant une année , grâce à un appui financier de vingt-et-un mille (21.000.00) gourdes.

La visite de la maison ou pièce choisie

Avant de recevoir cet appui, chaque famille se doit d’aller chercher dans le quartier d’origine une maison taguée verte, c’est-à-dire une maison qui n’a pas été fissurée. La maison ou la pièce trouvée, elle se fait accompagner d’un agent de l’OIM pour une visite de vérification. Cette visite permet de voir si la maison répond aux normes de sécurité et aussi vérifier le titre de propriétaire. Le recours aux informations des voisins s’avère très important à cette phase.

La vérification se fait en conformité avec les modalités mises en place par le MTPTC et sous sa supervision, les inspections sont programmées avec les leaders communautaires et les Communes.

La signature du contrat

Une fois que la propriété locative est approuvée, des coordonnées GPS sont prises et un contrat-cadre est signé dans les prochaines heures  entre le propriétaire et la famille bénéficiaire. Le propriétaire reçoit son argent ( un montant de 500 dollars US) et une enveloppe de 25 dollars US (1.000.00 gourdes) est remis au chef de famille pour transporter ses bagages , du camp au quartier . Les paiements effectués grâce à la technologie de paiements bancaires via le téléphone.

La fermeture de camp , la relocalisation et les vérifications-surprise

Quand une famille reçoit la subvention pour le loyer, elle a l’obligation d’enlever la tente et de partir, laissant l’emplacement vide.

Une vérification-surprise est effectuée six ou douze semaines plus tard pour   s’assurer que la tente de la famille a été enlevée et que la famille n’a pas cherché à s’installer ailleurs que dans la maison pour laquelle elle a reçu la subvention. Les partenaires engagés dans ce processus ont tout fait pour éviter que des familles reçoivent la subvention deux fois de suite.

Pour garantir au maximum le processus, une base de données centralisée de toutes les familles est créée. Ceci a l’avantage de réduire au minimum les chances ou les
possibilités pour une même famille d’appartenir à plus d’un camp.

Les moyens de subsistance aux familles

La question le plus souvent soulevée au sujet de l’allocation  pour le loyer d’un an est ce qui arrive à la famille après un an ?  Une partie importante de la réponse se trouve dans les investissements qui se font et se feront dans les quartiers. Les familles qui retournent dans les quartiers d’origines sont formées pour constituer la main-d’œuvre utilisée dans les quartiers. L’exemple le plus probant est la réhabilitation de la Route Charlemagne péralte de Morne Hercule.